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LE BILAN 2010

mercredi 28 juillet 2010

Une chaude année sur le fil des émotions

L’histoire ne dit pas si Lewis Furey, JP Nataf et Vieux Farka Touré se sont croisés, la nuit, dans le parc du Thabor (grand parc du centre ville rennais). Ce qu’on sait, c’est que, chacun à leur manière ont été surpris par l’atmosphère magique de ce jardin. Comme 8 000 autres spectateurs en quatre nuits, ils sont revenus émerveillés de ce parcours de lumière, de cette balade des curiosités, de cette kermesse déjantée.

Cette Nuit au jardin reste un symbole de l’édition 2010 des Tombées de la nuit. Bien sûr parce que ce fut un succès public mais, peut-être, et surtout, parce que cette proposition est à l’image de l’âme du festival. Accoler des esthétiques différentes prend tout son sens quand naît l’alchimie d’une histoire commune. C’est bien ce qui s’est passé au Thabor. C’est d’avoir croisé une tricoteuse improbable sur son banc qui rend un manège à pédales encore plus magique. C’est en frôlant un lys de lumière, qu’un accord de guitare pleuré dans la nuit prend toute sa dimension. C’est après avoir lancé un frigo dans une kermesse d’un autre monde, qu’on goûte pleinement Le Chien andalou de Bunuel, au son d’un bandonéon, dans une caravane de poche.

Cette Nuit au jardin porte aussi, en elle, le fragile équilibre du festival. Limiter les places, dans un espace fermé, pour préserver la magie d’un spectacle se traduit aussi par des centaines de spectateurs frustrés de n’avoir pu rentrer. C’est un prix à accepter. Les Tombées marchent sur ce fil. Faire vivre des jardins et des places avec des milliers de spectateurs ne dessine un tableau réussi qu’avec les touches de couleurs de propositions pour vingt ou cinquante personnes. Vouloir graver des souvenirs uniques impose de réinventer les formules chaque année. Demander au public de préparer son parcours de festivalier nécessite de l’écouter tout en le surprenant. Dire, que tout le monde ne peut pas tout voir, est parfois difficile mais c’est ce qui permet d’inventer un festival qui ne veut pas ressembler à tous les autres.

Dans cette recherche de la différence et de la pertinence, nous serions bien difficiles de ne pas avouer que cette édition 2010 restera un millésime. Pour son Thabor nocturne, pour son ciel ensoleillé et étoilé, mais aussi à cause de bien d’autres images.

Dans cet album souvenir, il faut évidemment parler du Lycée Zola. Le temps d’une semaine, cette enceinte scolaire du centre-ville est devenue un village de cirque. La maladie imprévue de la voltigeuse de Circ’Ombelico a imposé l’annulation de Da/Fort. Mais le duo ciselé du P’tit Cirk et l’onirisme des monstres de bric et broc de 2 Rien merci ont imposé un univers circassien brillant d’inventions et patiné de précisions.

Avec Manon et Jean de Florette, joués au milieu des bottes de paille et des arbres de la campagne rennaise, le public a emprunté, pendant cinq heures, des chemins de traverse. Les mêmes sentes d’un autre rapport au public que ceux sillonnées au cours de la balade urbaine et végétale, un casque sur les oreilles, de Trop de Guy Béart, tue Guy Béart.

A l’Opéra, les ors et les velours du théâtre à l’italienne ont hébergé des esthétiques inhabituelles dans ce temple du lyrique. La preuve avec le voyage Tucson-Habana de l’espagnole Amparo Sanchez, l’espace de jeu et de risques inventé par JP Nataf et ses invités ou la fertile rencontre d’Olivier Leroy avec Jean-Philippe Goude.

A l’autre bout du Jardin du Thabor, la réorganisation de la baraque a permis de remettre pleinement la musique au centre de l’espace. Pour ne citer qu’un exemple, les spectateurs n’oublieront pas le concert de Vieux Farka Touré. Ce Jimi Hendrix africain a offert, le temps d’un soir, un blues-rock qui apparaît comme une symbiose de toute la musique noire.

Le retour de compagnies intimes du festival a généré un esprit de best of. On pense évidemment aux 26 000 couverts et son public de fans. Mais, même avec les amis les plus proches, leur venue n’a d’intérêt que temps que la corde restera neuve et tendue avec le public.

Des propositions comme Les Tours de Zagreb au Blosne ou Histoires de femmes et de lessives au Parc Saint-Cyr prouvent que le festival reste à l’écoute des propositions des artistes rennais qui bouleversent les cadres.

Il faudrait aussi évoquer Red et sa vision musicale du match de foot France-Allemagne de 1982, la tronche de Général Alcazar, les sons de bouche mis en télé de Frédéric Le Junter, les portées chorégraphiées de la Cie XY ou les recoins de ville transformés en théâtre permanent au gré des passages de la Cie Kamchàtka... Mais comment citer 47 compagnies ou formations ? Pas mal d’ailleurs ce nombre dans un contexte économique tendu où un week-end en moins de programmation a permis de faire des économies d’échelle sans amputer le budget artistique.

Et s’il ne reste qu’une image, alors nous garderons celle de la Boomfanfare belge perchée dans un noisetier de Byzance. Ceux qui l’ont vue, éclairée par la lune, ne traverseront plus le Thabor sans la revoir. C’est aussi ça le lien d’un festival et d’une ville. Bref, une histoire collective.

En quelques chiffres…

150 000 personnes ont participé à cette édition (pour une foi les organisateurs et la Police semblent d’accord) :

- 4/5 000 Place du Parlement de Bretagne tous les soirs pour le Grand C (gratuit).
- 17 000 spectateurs sur les propositions payantes (96% de taux de remplissage).
- 2 500 spectateurs par soirs à la Nuit au Jardin et 2 500 au Café Baraque du Thabor.

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Communiqué de presse Bilan 2010