LE NATIONAL

ON EST UN CERTAIN NOMBRE*

Nous mettons en œuvre des projets artistiques ancrés dans la vie de nos territoires. Nous les élaborons avec des artistes en y associant une grande diversité de partenaires institutionnels, d’acteurs associatifs et militants, d’habitants. Ceux et celles à qui nous nous adressons portent et font le sens de ces projets, parce qu’ils en sont avec nous les acteurs. La dimension de ces projets dépasse l’expérience esthétique du spectateur et l’expérience artistique de l’amateur. Elle se développe aussi dans l’expérience civique, par laquelle chaque organisation, chaque individu prennent part à la réflexion sur la société où ils vivent et contribuent par leur action à la faire évoluer. En reconnaissant à chacun cette capacité, il s’agit de mieux prendre en compte les besoins culturels de la population et les droits culturels de la personne.

De nouveaux enjeux se dessinent pour notre société : nécessité d’un développement soutenable, aspiration à une participation plus active des citoyens à la vie et aux décisions publiques, urgence d’agir contre la persistance et le renforcement des inégalités, maintien du lien entre les générations, devenir des territoires délaissés. Le monde culturel doit s’emparer de ces questions pour en faire des aires de création, de réflexion, de confrontation et de partage de pratiques artistiques et démocratiques.

Cette démarche conduit à modifier les logiques de production, de diffusion et de médiation trop souvent dissociées. Les notions d’œuvre et d’action culturelle s’en trouvent bousculées et repensées. L’exigence artistique se conjugue avec l’exigence relationnelle. Le faire ensemble devient la condition du vivre ensemble.

Présence artistique durable sur un territoire, développement culturel en milieu rural et urbain, actions hors les murs, créations partagées, hybridation des problématiques artistiques et sociétales, éducation artistique et culturelle, toutes ces propositions doivent sortir de leur statut expérimental et cesser d’être cantonnées au volet social d’une programmation dans un système culturel qui resterait inchangé dans sa hiérarchie et ses priorités.

Il s’agit bien d’associer une population à son devenir culturel, de faire émerger de nouvelles pratiques en croisant recherche et action et de reconnaître à ce travail sa capacité à ouvrir de nouveaux champs de rencontres.

Mettons ces questions au cœur de la réflexion sur les politiques culturelles de demain. Inventons des espaces de mutualisation d’expériences similaires. Incitons les partenaires publics à prendre en considération ces mutations, à légitimer ces démarches, à réfléchir avec nous aux nouveaux indicateurs de développement, de bilan et d’évaluation qui pourraient être inventés à partir de ces expériences.

Le partage des cultures, des arts et du sens est à ce prix.

 

La Genèse

Ça commence avec quatre professionnels qui exercent un peu le même métier et qui éprouvent le besoin de se retrouver de temps en temps pour se raconter les actions qu’ils développent sur leur territoire. Ces dernières ont la particularité d’associer des artistes et des « habitants » dans une même démarche culturelle. Philippe Saunier-Borrell (Pronomade(s) en Haute-Garonne), Christophe Blandin-Estournet (Excentrique en région Centre), Fred Sancere (Derrière le Hublot à Capdenac) et Claude Guinard (Les Tombées de la Nuit à Rennes) viennent de régions différentes, ont des légitimités territoriales différentes, travaillent au sein de structures de nature différente, voire exercent dans des secteurs artistiques différents, mais ils ont l’intuition que quelque chose les rassemble. Ils se rencontrent pour échanger sur les valeurs et pratiques qu’ils défendent, pour interroger le sens de leur action au regard des politiques culturelles.

Ils s’offrent le luxe du temps de la réflexion (premières rencontre en 2008, c’est dire…), pour cerner les mots justes explicitant les choix et les raisons de leur action. Il ne s’agit pas de créer un réseau de plus, ni de développer un lobbying institutionnel ou de vendre une prochaine coproduction à un collègue, mais de partager des doutes et des utopies, de dépasser l’utilisation des formules ressassées sur la démocratisation culturelle qui stérilisent la pensée et l’action. Ils cherchent les mots justes pour décrire la nécessité d’œuvrer autrement. Rejoints en 2010 par Catherine Blondeau (Le Grand T à Nantes) et par Francis Peduzzi (Le Channel à Calais), ils organisent avec l’ONDA une première rencontre publique sur le thème des Projets Artistiques et Culturels de Territoire en juin 2011, pour partager leur expérience et leurs questionnements avec une centaine de professionnels.

Convaincus qu’à l’accompagnement des artistes se noue celui des habitants, qui ne sont pas seulement des spectateurs éphémères ou réguliers, ce groupe informel a souhaité inviter d’autres professionnels du champ culturel, venus d’institutions ou de projets associatifs, à nourrir sa réflexion. Et ON EST UN CERTAIN NOMBRE à partager ces engagements…

 

* On est un certain nombre de responsables de projets culturels qui nous réunissons pour réfléchir, à partir de nos pratiques professionnelles, sur le sens et les modalités de mise en œuvre de l’expérience artistique et culturelle.

Eric Aubry, Directeur de La Paperie, CNAR

Danielle Bellini, Directrice des Affaires Culturelles de Tremblay en France – Maître de Conférence en Sciences humaines / Paris VII Diderot

Christophe Blandin Estournet, Directeur du Théâtre de l’Agora, Scène Nationale d’Evry et de l’Essonne

Catherine Blondeau, Directrice du Grand T, Théâtre de Loire-Atlantique, Nantes

Antoine Choplin, Auteur, Directeur de Scènes obliques, Isère

Claude Guinard, Directeur des Tombées de la nuit, Rennes

Caroline Melon, Directrice de Chahuts, Bordeaux

Francis Peduzzi, Directeur du Channel, Scène Nationale de Calais

Robin Renucci, Directeur des Tréteaux de France, Centre Dramatique National

Fred Sancère, Directeur de Derrière Le Hublot, Capdenac / Midi-Pyrénées

Philippe Saunier Borrell et Marion Vian, Codirecteurs des Pronomade(s) en Haute-Garonne CNAR

Sylvie Violan, Directrice Le Carré-Les Colonnes, Scène Conventionnée, Saint-Médard-en-Jalles/Blanquefort, Communauté Urbaine de Bordeaux

 

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